LES CLASSES D'AGE CHEZ LES MANJAKUS

Autrefois, le manjaku était un pur produit du BANIËW. C'étaient des cases communautaires organisées par âge où chaque individu devait successivement y séjourner suivant son âge. En fait, la vie de l'individu manjaku était divisée en plusieurs parties ou classes d'âge. Dans certains villages il y avait 6 classes mais dans d'autres on comptait 7. Certaines appellations de classes peuvent différer dans certains villages. Dans le village de Katij où je suis originaire il y avait 7 classes. Puisqu'il y a 7 petits villages dans le village de Katij on comptait 49 classes d'âge. Il y avait 7 classes d'âge mais 6 cases communautaires. La 7ème classe n'avait pas de case. Les individus de cette classe avaient atteint une maturité qui leur permettait de fonder une famille. Il fallait donc passer par toutes les classes pour parvenir à une maturité complète sur le plan social et moral.
C'était en fait de véritables écoles où le jeune passait au moins 3 à 4 ans dans chaque classes avant de rejoindre une autre.
Avant d'entrer dans la première, l'enfant suivait en fait des "cours préparatoires" auprès de sa mère et aussi de son père qui le préparaient par l'éducation qu'ils lui apportaient de la naissance jusqu'à l'âge de la première classe. Les efforts des parents étaient dirigés dans ce sens. Quand l'enfant était en mesure de comprendre ils lui parlaient déjà de la vie dans ces cases où aucun adulte n'était autorisé à entrer. Ils pouvaient lui parler aussi du comportement qu'il devait avoir, du courage qu'il devait cultiver face à ces compagnons de case.
De la première à la dernière Il y avait les contes, les devinettes, les chants. Dans le baniëw les jeunes se formaient aussi à la lutte, ils apprenaient à vivre en communauté, de tout partager, de connaître les rudiments du droit coutumier, des normes de conduite, la compréhension des rites et initiations et autres cérémonies, le respect de l'autre surtout de la femme, l'apprentissage de la maîtrise de ses pulsions sexuelles et de ses émotions particulièrement de la colère qui peut mener à des fautes lourdes. Le courage était aussi requis. Et les épreuves faisaient partie de leur formation dans l'acquisition du courage. C'est pourquoi l'individu issu du baniew ne connaissait jamais la peur. C'est la force qui pouvait avoir le dessus sur lui mais jamais il ne pouvait être dominé par la peur.
Tous ces enseignements étaient répartis dans ces différentes classes. Le jeune recevait beaucoup de ses parents et le partageait avec ses compagnons. C'était en quelque sorte une école fondée sur l'échange. Tout le monde était enseignant, élève et surveillant. Cela voulait dire que chacun devait être attentif, mettre en pratique ce qu'il entendait si c'était nouveau pour lui, faire profiter aux autres de sa connaissance, respecter toutes les lois et règles de conduite et veiller à ce que son compagnon les observe également.
Dans le cas d'une faute des sanctions étaient prévues qui vont du passage à tabac jusqu'à l'incinération de la clôture et du toit de la maison familiale pour les fautes lourdes comme le viol. Si cela arrivait c'était un déshonneur pour la famille. En plus de cela le violeur ne pourrait jamais se marier avec une fille du village.
Les classes commençaient le soir. Puisque dans les villages on mangeait tôt, après le dîner les jeunes avaient le temps de laver la vaisselle pour les filles, de discuter un peu avec leur parents ou même d'écouter quelques contes de grand père. Après cela chacun rejoignait sa classe où il passait la nuit avec ses compagnons. Ce n'était pas des cases construites spécialement pour cela mais des familles avaient accepté de mettre à la disposition de la communauté une case dans leur concession qui servait donc à accueillir une classe.
Les trois premières classes n'étaient pas des classes mixtes. Elles regroupaient uniquement les garçons. Les filles de chaque classe se regroupaient aussi dans des cases séparées. Personne n'était autorisé à avoir des relations sexuelles. Cette séparation entre filles et garçons montrait en fait à chacun la limite qu'il devait garder. Les parents rappelaient cela constamment à leurs enfants.
Les trois premiers classes sont:
-BANDËPAT: Ce nom vient de "pandëpat" qui signifie sable ou poussière. C'est donc la classe la plus basse du Baniëw. Elle regroupait les jeunes garçons dès l'âge de 8 ans s'ils sont précoces ou 10 ans s'ils ne le sont pas. Ils y resteront jusqu'à l'âge de 12 ou 13 ans.
-BATEENC: Ce nom vient de "kateenc" qui signifie brindilles. Ils ont dépassé la classe poussière ils accèdent maintenant à la deuxième classe qui est représentait par un sol recouvert de brindilles. Des jeunes de garçons de 12 à 13 ans y entraient et y sortaient à l'âge de 15 ou 16 ans.
-BAKOO UŢIA: le terme "koo uţia" signifie "quelque chose sur le sol". Ce qui nous renseigne que la troisième classe est représentée par un sol couvert non pas de poussière ou de brindilles mais par quelque chose de plus honorable. Cette classe admettait des jeunes garçons de 15 à 16 ans qui y sortaient à l'age de 20 ans.
Les trois autres classes sont des classes mixtes. Les garçons passent la nuit avec les filles les uns derrière les autres. Et c'est là où doit intervenir la maîtrise de soi.
-BANJANJAN: Ce sont les premiers à obtenir l'autorisation de dormir avec les filles. Au début ils doivent aller demander l'autorisation à la classe des "BAKOO UŢIA d'emprunter les filles de leur classe qui était sur le point de les quitter(celles qui avaient 20 ans).
Cette classe regroupait des jeunes de 20 ans qui la quittait à 23 ans.
-BANIËW RUT: Ce terme signifie la "classe haute". Elle admettait les jeunes filles et garçons de 23 ans qui la quittaient à 26-27 ans.
-BANIËW KOOR: Il signifie "la classe royale". On les appelait aussi "baţasa Koor" les garçons royaux". C'était la dernière classe qui avait une case communautaire. Les garçons qui entraient à l'age de 27 ans la conservaient jusqu'à l'âge du "kaţasa", un rite qui confirmait leur pleine maturité sur le plan physique, mentale et morale (de 30 à 40 ans). On les autorisait à se marier mais ils ne pouvaient pas quittaient la classe avant le rite du "kaţasa". Ils pouvaient s'absenter quelques nuits par semaine pour accomplir leur devoir conjugal. Les femmes, quant à elles, quittaient la classe à cet âge après un mariage en groupe où elles se mariaient le même jour.
-BANTOYI: C'est la classe des hommes, ceux qui étaient déjà passés par le rite du "kaţasa". Ils deviennent ainsi des hommes au vrai sens du terme. Ils n'ont pas de case communautaire. Ils sont aptes à se marier et certains même sont déjà mariés! Ils conserveront cette classe toute leur vie.
Aujourd'hui cette structure de classe a disparu mais on retrouve des réminiscences encore dans la société manjaku. Partout où ils se trouvent, au pays manjaku ou à l'étranger les individus se regroupent par classes appelées "URAAN". Les réunions sont mensuelles et on y collecte une cotisation dans le but d'organiser des fêtes! Une façon de se retrouver. Ces réunions sont des cadres de discussion où beaucoup se rappellent beaucoup de souvenirs. Les hommes comme les femmes y sont admis, les mariés comme les célibataires! Le seul critère c'est d'appartenir à la même classe("URAAN").