DECES ET FUNERAILLES AU PAYS MANJAKU

Chez les manjakus la mort d' un
individu est considérée comme un changement
de condition pour une nouvelle vie dans le pays des morts
appelé
"mcaţ". Le voyage dans cet autre monde se prépare
dans la souffrance ou la joie selon que la personne décédée
est jeune ou vieille. Dans le cas de la mort d' une vieille
personne, des obsèques aux funérailles ces deux
sentiments antagonistes(joie et souffrance)se mêlent,
fusionnent dans une entente traître.
Le décès
d' une vieille personne est considérée comme
la fin d' une vie au vrai sens du terme, la conclusion
d' une longue période
de jouissance. Ce qui par conséquent a une influence
sur les individus qui considèrent même ses
funérailles
comme une fête. Par contre, la mort d' un jeune est
très douloureux.
Que se passe t-il quand
une personne meurt? comment se préparent les obsèques
et les funérailles au pays manjaku (Guinée
Bissau)?

La mort est l' une des choses les plus importantes dans la communauté manjak. C'est pourquoi de la mort à l' enterrement il y a tout un rituel à respecter.
La première chose à faire avant de faire quoi que ce soit si la personne est vraiment adulte ( plus de 45 ans) est de prendre un coq et aller demander auprès du devin (napene) si la personne mérite d' avoir une sépulture. C' est un devoir qui échoit au père de famille (ajug kato).
Chez les manjaks les tombeaux ne sont pas de simples débarras pour les morts. Ce sont des tombeaux de souvenirs. Ils permettent, en effet, de perpétuer le souvenir de ceux qui du point de vue de la tradition sont purs. En passant à côté du tombeau on pourrait se dire "voilà le tombeau d' un tel". C' est un honneur qu 'on rend en fait au défunt par ce qu 'il le mérite.
Par contre ceux qui sont impurs c'est à dire ceux qui sont coupables d' anthropophagie, de sorcellerie ou de toute chose que la personne a pu faire personnellement par magie ou par l' intermédiaire de quelqu'un par méchanceté, n' auront pas droit à un tombeau. Bien que la plupart de ces choses soient méconnues de certains villageois on croit qu'elles sont notées par les esprits surtout du Mboos (le plus grand dieu). Après consultation du devin les esprits pourraient donc décider que la personne ne mériterait pas un tombeau.Toutes ces choses qui relèvent de la magie donc de l' invisible, le devin serait capable de les voir et de les révéler au père de famille.
Également n' auront pas droit à un sépulture ceux qui sont jeunes. On le sait d' office. Dans certains villages même jusqu'à 45 ans on ne peut pas avoir son propre tombeau. Les manjakus se disent puisque le décès d' un jeune est très douloureux il ne faut pas qu 'il ait quelque chose comme un tombeau qui nous rappellera constamment cette personne. Alors Dans ce cas et dans le cas du méchant ou de l' impur, qu 'est ce qu 'on fait du corps?
La tradition demande d' ouvrir un tombeau existant et y mettre le défunt. Puisque c' est le tombeau d' un autre c' est le nom de cette personne qu 'on citera toujours comme propriétaire. L' honneur lui reviendra toujours et cela permet donc avec le temps d' oublier le défunt.
Si c' est un bébé au lieu d' ouvrir un tombeau on creuse au cimetière un petit trou et on l' enterre. Ou encore si on repére une termitière on la brise et on n' enterre le bébé au milieu.
Après avoir demandé auprès du devin si le défunt doit avoir un tombeau, on sort le corps.On le lave et l' habille. Ensuite il est exposé dans une chambre réservée à cela dans chaque famille(uniëw ukaaţ). On le fait s' asseoir sur quelque chose de surélevé, une valise par exemple et on l' adosse sur une sorte de grillage fait de bois de bambou. C' est ce qu 'on appelle en manjaku "kasëŋ". On prend une bande de tissu et on attache le menton avec ce grillage pour empêcher la bouche de s' ouvrir. On attache également les deux pieds et on joint les mains devant lui.
Après cela la femme la plus âgée de la famille va exercer la fonction de prêtresse sous les pieds du défunt. La famille doit la première apporter du vin pour la libation et préparer l' offrande("paay"). Cette dernière est faite de haricot et de riz bouilli aspergé d' huile de palme (pënaat). Après avoir offert son offrande alors tout le monde peut venir faire une libation sous les pieds du défunt.
les jeunes garçons de la famille, après avoir amener les tambours qu 'ils ont allés chercher, vont appeler les batteurs("balas"). On tue pour ces derniers un porc ou une chèvre et on leur donne également un canari de vin de palme. Ils commencent par louer les louanges de la famille dans les domaines dans lesquels elle excelle en particulier en remontant même jusqu'au fondateur de celle-ci. Ensuite ils louent les louanges de chaque membre pour ses qualités. Ceux qui sont venus au décès peuvent faire un don (uluumpan) pour que les batteurs les louent. Il en sera ainsi chaque jour jusqu'à la fin des funérailles.
Vers le soir du premier jour, les membres masculins de la famille vont creuser le tombeau. Celui ci sera impérativement dans les terres de la famille. Avant de commencer de creuser le père de famille fera le sacrifice d' un porc ou d' une chèvre. Ensuite, sur l' endroit où sera creusé le tombeau, il donnera les premiers coups de pelle et laissera les autres continuer de creuser.
Le tombeau a un diamétre de 1m(A) , une profondeur d' environ 2,50 m(B). Au fond, on creuse une incurvation d'1 m(E) de hauteur, 2 m(D) de longeur et 1,50 m(C) de largeur. Cette incurvation qu 'on appelle en manjaku "kabek" est la chambre mortuaire. Après l' avoir creusé, 3 personnes devront s'y étaler pour mesurer si la largeur est adéquate. Après ils reviennent à la maison. L' enterrement se fera le lendemain de la préparation du tombeau c' est à dire au deuxième jour.

Coupe d'un tombeau manjaku
Le jour de l' enterrement vers 14 heures toutes les pagnes destinés à l' enterrement seront d' abord dépliés et superposés dans la cour de la concession familiale.On amène le corps qu 'on pose sur les pagnes. Certains cousent quelques pagnes de manière à couvrir le corps du défunt. Le reste sera utilisé comme matelat. Une partie des pagnes est pour le défunt qui s' en couvrirait dans sa nouvelle vie! Une autre partie (la plus grande ) serait en fait des commissions à remettre à des parents décédés dans le pays des morts ("mcaţ").
Après avoir habillé le mort de ces pagnes on fera:
-si la personne s' est suicidée en se pendant par exemple sur un arbre on amènera le corps jusque sous l' arbre sur lequel il s' est pendu et on coupe l' arbre jusqu'à la souche. Si c' est un arbre qui a des fruits comestibles, ces fruits deviennent du coup sacrés pour les femmes qui ne devront pas en manger.
-si la personne est tombée accidentellement d' un arbre par exemple on procèdera de la même manière et les femmes observeront l' interdiction de manger les fruits de cet arbre qu 'on a coupé jusqu'à la souche.
-S'il s'agit d'une mort naturelle on ne fera rien de spéciale à ce stade. On amènera directement le corps au tombeau.
Deux personnes descendront dans le tombeau et on leur donnera le corps qu 'ils mettront à l' intérieur de la chambre mortuaire. Les pagnes seront mis également à l' intérieur. Quand tout sera fini on aidera ceux qui étaient descendus à sortir. Puisque le tombeau peut être réutilisé, en aucun cas on ne devrait le remplir de sable. On mettra comme couvercle du tombeau, des bois d'ébéne serrés les uns les autres. On les recouvrira après de branches de rônier puis de sable.