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CULTURE

 

 
 

 

KAMBAC
Affranchissement de certains interdits et de soumission au dieu "Mboos"


KA ÑALAN / KA MBAC / U CUAS / BË TANTËB / KA BAAMBI

C' est la fête la plus importante de la communauté manjaku. On l' appelle aussi "uyëman", le sacré. C' est une fête qui se fait une fois par génération et dure 3 mois. Dans le village de Kaţij les 3 dernières se sont produites respectivement en 1936, 1966 et 1988.

Tous les manjaku ne la font pas. Seuls ceux qui ont un grand dieu (Mboos) le font. Voici les noms de quelques villages manjaks qui font ce rite: Kaţij(pasëŋi), Bassiarar(pënau), Timats, Bo, Kaléquisse, Barambe, Bajob, Bëyanga, Bëtënta, Bëyipar(kamiane)....

Ce n' est pas la fête de la circoncision. Beaucoup participent à ce rite en étant déjà circoncis. Elle n' est pas aussi comme beaucoup le prétendent un rite de passage de l' enfance vers l' âge adulte. La preuve, on a vu des adultes ou plus précisément des vieux qui avaient raté une initiation et sont obligés de se présenter pour la prochaine. Elle est, en réalité, une sorte de soumission au Mboos aboutissant à un affranchissement à tous les interdits très importants établis par la coutume et la tradition! 

D' habitude une personne qui n'a pas encore subi ce rite doit observer un certain nombre d' interdits qui, s' ils ne sont pas respectés pourraient amener la mort du transgresseur. Et certains interdits sont spécifiques à certains villages. Par exemple dans le village de "Kaléquisse" celui qui n'a pas encore subi ce rite ne doit jamais entrer dans le sanctuaire du Mboos ou même dans le bois sacré ou se trouve le sanctuaire. Il ne doit jamais manger ou boire de quelque chose qui provient d' un sacrifice fait dans ce sanctuaire. Dans d' autres villages comme "Timaţ" il y a des endroits interdits aux non initiés.

Ainsi, en acceptant de faire ce rite la personne accepte en fait de se soumettre au dieu Mboos qui l' affranchit de tous ces interdits et bien d' autres encore que nous ne pourrons pas citer ici. Ceci dit comment se fait le rite du "Kambac"?

L' initié(nafuak) est d' abord amené devant les pieux de ses ancêtres (Icap). Là on le rase. Le père de famille qui officie comme prêtre fait une libation sur les pieux et confie aux ancêtres la vie de la personne qui va être initiée. Tout cela se fait à l'aube avant le lever du jour. Après cela un cortège de femmes et d' hommes l'accompagne. Les femmes chantent des chansons qui s' adressent directement au dieu Mboos lui signifiant qu 'elles lui ont confié ce qu 'elles ont de plus précieux et que par conséquent il doit le protéger. Arrivées à une limite les femmes retournent à la maison et les hommes continuent pour entrer dans le bois sacré! Tous ces hommes sont des "bayiilan", des personnes déjà initiées. Le nouvel initié restera dans le bois sacré pendant 3 mois. 

Tout ce qui s' est passé dans le bois sacré relève de l' interdit absolue. Personne n'a le droit de parler de quoi que ce soit au risque de voir une malédiction tombée sur lui et même sur sa descendance après lui. Cette malédiction pourrait même être la mort. 

Après les trois mois vint le jour de sortir du bois sacré. Le batteur du "Bëlibare" qui se trouvait avec les initiés dans le bois sacré tape sur son tambour pour appeler tout le village à venir reconnaître leurs enfants. Ceux qui comprennent le langage tambouriné entendent " da tukari bëyikrin", "venez vite les reconnaître". Et tout le village réveillé dans son sommeil accourt. Chacun inquiet, cherche du regard un fils, un frère au milieu des initiés vêtus de robes en fibres végétales! Les radieux visages de ceux qui ont déjà vu les membres de leur famille se mêlent à ceux qui, bouche bée, tournent sans cesse dans toutes les directions. Le moment est grave! 

Ceux qui ne retrouverons pas leurs enfants se garderont de pleurer car pendant toute la période du rite tous ceux qui meurent ne seront pas pleurés. D' après la coutume ceux qui meurent pendant cette période sont des personnes coupables d'anthropophagie, de sorcellerie ou d' autres choses graves du point de vue de la communauté manjaku. Par conséquent, ces personnes ne mériteraient pas qu 'on leur manifeste une certaine compassion par des larmes. Ceux qui s' obstinent à pleurer ne serait ce qu 'une petite larme paieront obligatoirement par un sacrifice. 

Les initiés s' installent maintenant au village temporaire- "kalimaay"- pendant une semaine. Chacun danse la danse du kambac devant les membres de sa famille pour fêter les retrouvailles. on chante et on rit heureux de se retrouver.On confectionne des bâtons d' initiés et on les décore d' inscriptions au couteau chauffé au feu.Tous les instruments de musique du bois sacré sont transférés au village et chaque matin et chaque soir tout le village vient festoyer avec les initiés. Chaque famille doit apporter un repas pour les membres de sa famille, des galettes de riz et de mil(ifar) sont aussi distribuées.

Le jour du retour est maintenant venu. c' est un grand jour. Tout le village est là. on danse et on chante. Le soir il faut changer les robes d' écorces par des pagnes neufs que les mères ont apportés. Mais on ne donne pas son pagne à son fils. Il faut procéder à un échange entre mère suivant les affinités(amitié, parenté etc.). après cela les initiés par famille sont accompagnés par les membres de leur famille jusqu'à la concession familiale.

KA ÑALAN / KA MBAC / U CUAS / BË TANTËB / KA BAAMBI

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René Gomis