LA CORPORATION DES BATTEURS
ET LES INSTRUMENTS
LA CORPORATION DES BATTEURS (" ba-las")
Ce n' est pas une caste mais une corporation regroupant les batteurs
d' instruments utilisant des baguettes : le "bënţagre"
et le "kambumbalon" et le "bëlibare".
Ni la fonction de batteur ni l'appartenance à la corporation
n'est pas héréditaire.
N' importe qui peut devenir batteur.
Il lui faudra alors apprendre à jouer auprès des batteurs.
Lorsque ceux-ci l'auront jugé apte à incorporer leur
corporation alors il devra faire ce que l'on appelle en manjaku "kafuub pëlas", une cérémonie d' acceptation au sein
de la corporation des batteurs. L' intéressé amènera
un coq pour le sacrifice, du riz et du vin en présence de tous
les batteurs du village. Le sacrifice se fera sur une "corne
de communication" du dieu des batteurs comme par
exemple "bakon", et le chef des batteurs
fera office de prêtre. Après les paroles d'introduction
on tue le coq et on fait une libation sur la corne. Puis le nouveau batteur joint ses deux mains et on lui verse sur les paumes un peu de vin qu 'il boit en s' inclinant. Après cela il
devient un batteur à part entière. Mais comment est
structurée la corporation des batteurs?
La corporation des batteurs est structurée comme suit:
-Le roi ou chef des batteurs( "Nasiën pëlas)
Il dirige les réunions des batteurs et assume la fonction de prêtre dans la corporation. A ce titre il détient
la corne de communication du dieu des batteurs. C'est quelqu'un qui maitrise bien le langage tambouriné et connait l'histoire de chaque famille du village .
-L' interprète ("Nabandan")
C' est un batteur qui connaît aussi parfaitement le langage tambouriné.
Il est nommé au sein de la corporation comme interprète
pour traduire, pour les villageois les sons en paroles. Le batteur
lui laisse toujours le temps de traduire sur le même rythme
que le tambour avant de recommencer à battre sur son tambour.
Il occupe toujours une place entre les deux batteurs du "kambumbalon"
et n'a pas de tambour.
-le partageur("Namwan")
Pendant les décès et les funérailles les batteurs
ont toujours leur part de viande et de vin. En plus de cela quand
ils chantent les louanges de quelqu'un, celui-ci peut faire un don
(uluumpan) pour montrer sa satisfaction. Ces dons pourraient être
de l'argent, du riz, de la viande ou du vin qui seront partagés
après entre les batteurs.
Ainsi le partageur est chargé
par ses pairs à cette fonction pour une répartition
de ces choses. Mais la tradition confère toujours au chef des
batteurs la plus grande part. Les batteurs ne partagent pas avec le
batteur du "bëlibare" qui reçoit ses dons séparément.
S'il existe plusieurs batteurs dans la corporation seulement 6 forment
l'orchestre: un batteur du "bëlibare" qui ne fait
pas parti de la corporation, deux batteurs du "kambumbalon",
deux batteurs du "bënţagre" et un interprète.
S'ils sont fatigués les autres batteurs pourront les relever.
Mais en aucun cas le batteur du "bëlibare" ne saurait
être relevé par un autre batteur. Son instrument est très sacré et c'est lui seul qui détient le privilège de l'utiliser.
LES INSTRUMENTS
-Kambumbalon:
c' est une sorte de tambour qu 'on joue avec 2 baguettes en bois. il
est taillé dans le tronc du caïlcédrat et
creusé à l' intérieur à travers
une incision sous forme de lèvre avec des outils spéciaux.
Dans certains villages l'art de le tailler est gardé jalousement
par un sculpteur qui ne sculpte que ces instruments.
joueur du "bëlibare'
D' habitude il le fait en solitaire dans
la brousse sous la souche de l' arbre qu 'il a abattu. Après
avoir taillé le tronc en morceaux il les laisse sécher
pendant des mois avant de les utiliser.
C'est un instrument d'appel ou de communication.
On l'utilise pour propager une nouvelle ou une information dans le
village et dans les autres villages environnants. On raconte que lors
du début de la colonisation le peuple manjaku refusait de se
soumettre. Ainsi quand on repérait le colon de loin on l' annonçait
aux villages les plus proches qui prenaient le relais en l'annonçant
ensuite à d'autres. Ce qui leur permettait de s'armer rapidement
et d' être prêt pour le combat avant l' arrivée de
l'envahisseur.On l'utilise également pour chanter les louanges des gens lors
des décès et des funérailles.
-bë-libare:
C' est le même instrument que le "kambumbalon" mais
plus petit et plus important. il est sculpté avec les mêmes
techniques et est utilisé pour jouer les mêmes rôles
que le "kambumbalon". Mais sa particularité réside
sur le fait qu'on l'utilise seulement pendant les décès
et les funérailles car c'est un instrument très
sacré.
A l'occasion du rite du "kambac"(une
fête très sacrée qui se fait par génération,
tous les 30 ou 25 ans) c' est le "bëlibare" qui ouvre
la cérémonie, c'est lui qui débute chaque journée
durant toute la période du rite, c' est lui également
qui appelle les villageois à venir reconnaître leurs
enfants à la sortie du bois sacré et c'est lui qui débute
les danses dans le "kalimaay", le village temporaire des
initiés à leur sortie du bois sacré. Pendant
les décès c'est le batteur qui commence d'abord par
chanter avec son tambour les louanges du dieu "Mboos", le
plus grand fétiche du village.
Puisqu 'il y a un seul batteur du "bëlibare"
dans un village si celui-ci vient à mourir personne n'a le
droit de le remplacer. On attendra la prochaine initiation du "kambac"
pour lui trouver un remplaçant.
Compte tenu de son caractère
très sacré il est formellement interdit aux femmes de
toucher cet instrument. Quand on le transporte on a pas le droit de
le descendre pour se reposer! quand on n' est fatigué on le
met sur la tête d' un autre mais jamais par terre! Si jamais
on le descend sur les terres de quelqu'un, un décès,
dit-on, pourrait survenir dans la famille propriétaire des
terres. On le descendra seulement dans la maison de deuil et au retour
chez le batteur titulaire du droit de le jouer.
Une personne tachée du point de vue de la tradition (anthropophagie,
sorcellerie etc.) ne saurait jamais accepté la nomination
à la fonction de batteur du bëlibare. Même si ses
fautes ne sont pas connues par tout le monde s'il accepte cette nomination
ses premiers contacts, avec l' instrument sacré, précipiteraient
inévitablement sa mort.
-"Pëncand":
C'est une sorte de flûte. On l' utilise pour chanter les louages
de quelqu'un à l'occasion des mariages et des funérailles.
D'habitude la personne qui joue de cet instrument est accompagné
de quelqu'un("nabandan") qui traduit les sons pour ceux
qui ne comprennent pas le langage du "pëncand". mais
la plupart des manjakus nés dans le terroir n'ont pas besoin
de traducteur. Le joueur du "pëncand" ne fait pas
parti d' aucune corporation.

Joueur
du Pëncand
-Bënţagre:
C'est un tam-tam fait d'un tronc d' arbre creusé sur lequel
on a tendu une peau de chèvre. Il se joue avec une baguette.
Ils sont deux joueurs de tam-tam dans l'orchestre traditionnel.
-bënjir
C'est aussi un grand tam tam d'au moins 1m40. Pour battre un tam tam
de cette taille on l' incline en le reposant sur de grosses pierres
ou sur de gros morceaux de bois. On ne le bat pas avec des baguettes
mais avec des mains nues pour obtenir un son puissant.
C' est un tam-tam sacré qu 'on n' utilise pas pour s'amuser quand
on a envie. On le joue seulement pendant la grande initiation du "Kambac" ou pendant les funérailles d' une personne très
âgée si on doit y danser la danse du "kambac".
Pendant ces moments n' importe qui peut jouer de cet instrument s' il
le peut même s' il n' est pas batteur par ce qu 'il n'y a pas de
batteurs nommés pour le jouer.
-bëncuundu:
C' est la guitare manjaku. Il est pourvu d' une manche longue montée
sur un bidon en fer ou sur une petite calebasse. Il n'a que 3 cordes.
C' est l' instrument des fêtes comme le mariage, les veilles au coin
du feu etc. On le joue en chantant!
-Gënjaru:
C' est un morceau de tôle en fer recourbé sur lequel on
tape avec un autre morceau de fer porté en anneau ou tout simplement
un morceau de fer pour donner un son strident! Il est exclusivement
utilisé par des femmes. Plusieurs d' entre elles en jouent tandis
que d' autres utilisent des morceaux de bois pour applaudir! La danse
et le chant porte le même nom que l' instrument. On utilise les
"gënjaru" pendant les décès et les funérailles.
femmes
jouant du "Gënjaru"