tissage de pagnes

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CULTURE

 

 
 

 

LE TISSAGE DE PAGNES
("bañingëţ")


LE TISSAGE / LA POTERIE / LA VANNERIE

le pagne manjaque

" Bañingëţ ", c'est de ce nom qu'on appelle le tissage des pagnes dans la langue manjaku. C'est la chose qui a contribué le plus à la renommé des manjakus jusque dans les pays les plus lointains notamment dans les ateliers de grands couturiers africains, européens et américains. Partout le pagne manjaku est devenu un élément de la culture de l'élégance. C'est ainsi qu'on associe à bon droit leur nom aux pagnes qu'ils ont tissé,"sëru njaago" en wolof ou le pagne manjaku en français. Si ce pagne nous fascine aujourd'hui savons-nous au moins l'origine de cet art? quelle est son utilité à l'origine?

L' ORIGINE DU TISSAGE DES PAGNES:

La légende dit que ce serait un esprit qui a appris le tissage à un homme manjaku du village de "Kalëkës" qui aurait signé un pacte avec lui. Il l'aurait appris à d'autres. De ce fait tous ceux qui étaient tisserands à l'époque avaient "une corne de communication" avec cet esprit ou démon et devaient obligatoirement offrir régulièrement le sacrifice d'un poulet et faire une libation sur cette corne. Puisque les tisserands allaient de village en village pour travailler pour des gens, ils étaient nourris, logés, blanchis et les frais du sacrifice étaient à la solde de la personne qui les avait engagé lui et son aide.C'était des gens respectés du fait de l'importance de leur travail. Mais qu'est ce qui faisait l'importance du tissage des pagnes et leur utilité?

L' UTILITÉ DES PAGNES A L' ORIGINE :

Il est vrai qu'on portait une petite partie de ces pagnes mais la production même de ces dernières était liée au culte des morts et à la croyance selon laquelle la personne décédée continue de vivre dans un endroit appelé "mcaţ". Par conséquent cette personne aurait besoin de pagnes pour se couvrir et de vêtements également pour se protéger dans sa nouvelle vie. C'est pourquoi à la mort d'une personne la famille lui couvrait de pagnes dans sa tombe et mettait d'autres sur les cotés. D'autres personnes du village ou des parents pouvaient mettre quelques pagnes. Ceux-ci seraient une sorte de commission pour leurs parents qui dormaient depuis longtemps dans la mort. Car on croit que le défunt pourrait les remettre à ceux à qui ils sont destinés au "pays des morts". Cette croyance et cette pratique sont toujours courantes aujourd'hui dans la communauté manjaku quel que soit l'endroit ou le pays où elle se trouve. Quelles sont donc les différentes sortes de pagnes pour l'enterrement ?

LES DIFFÉRENTES SORTES DE PAGNES POUR L' ENTERREMENT:

-kafaaŋ:

kafaan, pagne mortuaire


-kanjand:

kanjand, pagne mortuaire

-Utiëm: 

utiëm, pagne mortuaire manjaku

Aujourd'hui encore au pays manjaku les familles ont des réserves de pagnes. Ceux qui sont pauvres pour en avoir deviennent parfois la risée de ceux à qui ils en empruntent pour enterrer leur mort. Dans les villes et dans les pays où ils ont émigré la plupart des femmes manjaku travaillent dur pour se faire une réserve pour préparer leur mort et celui d'éventuels parents. Une réserve constituée d'habits et de pagnes tissés gardée précieusement, la plupart du temps, dans une grande malle qu'elles appellent fièrement "unkantin".

Mais reconnaissons que cet art funéraire n'est plus ce qu'il était. On l'a élevé depuis longtemps au statut d'art au vrai sens du terme, en ce sens qu'aujourd'hui la production du pagne tissé manjaku obéit dans une grande mesure à l'appel de la beauté et de l'élégance d'abord de l'Africaine puis de l'Europe et des États Unis. 
On pourrait se demander alors comment s'est opéré ce passage du pagne manjaku de son origine fonctionnelle à son développement actuel?

La réponse tient en quelques mots: les problèmes économiques et sociales.En effet la rudesse de la colonisation portugaise ainsi que les problèmes économiques ont poussé beaucoup de manjaku à s'expatrier vers les pays limitrophes comme le Sénégal et la Gambie. Ainsi pour gagner leur pain certains travaillaient comme peintres, boys, matelots, porteurs dans les marchés mais d'autres eurent l'ingénieuse idée de proposer leur service comme tisserands auprès des femmes en concevant les motifs qu'on leur demandait ou en créant tout simplement des motifs pour retenir leurs clientes. Ce qui fut très apprécier par les femmes qui en ont fait le pagne des grandes cérémonies et l'appelle "sëru njaago". 

Constatant le succès de ce pagne, ces femmes décidèrent d'en faire un commerce en exportant d'abord ce pagne en Afrique.Cela a contribué à le faire remarquer par de grands couturiers et aujourd'hui, il est présent partout.

LE TISSAGE / LA POTERIE / LA VANNERIE

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René Gomis